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Réforme du code du travail : ce que contiennent les ordonnances

Après trois mois de concertation et près d’une cinquantaine de réunions bilatérales entre le gouvernement et les partenaires sociaux, les ordonnances visant à réformer le droit du travail ont été dévoilées jeudi 31 août par le premier ministre, Edouard Philippe.

Les 36 mesures contenues par les ordonnances touchent à une grande partie de l’organisation au sein des entreprise. Et pourraient changer le quotidien des salariés sur nombre de sujets.

Indemnités prud’homales

C’est par exemple le cas du plafond et du plancher des indemnités prud'homales en cas de licenciement abusif. Aujourd’hui, ces indemnités sont à la discrétion du tribunal qui les attribue. Une fois les ordonnances approuvées, un salarié qui estime avoir été licencié sans cause réelle ni sérieuse obtiendra au maximum vingt mois de salaire après trente ans d’ancienneté. Le plancher passe de six à trois mois de salaire au bout de deux ans de présence dans l’entreprise. Au-dessous de deux ans, c’est un mois de salaire.

Ce plafond sera cependant caduc en cas de plainte pour discrimination ou encore d’atteinte aux droits fondamentaux du salarié. Le délai de recours aux prud’hommes passera de vingt-quatre mois aujourd’hui, à douze mois. En compensation, les indemnités légales de licenciement seront augmentées de 25 %, comme annoncé par certains syndicats fin août.

La négociation dans les petites entreprises

Aujourd’hui, la quasi-majorité des sociétés de moins de onze salariés ne disposent pas de délégué syndical. Ce qui les oblige, dans la plupart des cas, à se conformer aux dispositions des accords de branche. Seuls les accords portant sur les contreparties au travail du dimanche pouvaient être négociés et signés. Désormais, il sera possible, pour le chef d’entreprise, de discuter de tout ce qui ne relève pas de la branche avec ses employés, et ce sans la participation d’un délégué syndical. Un vote à la majorité suffira pour parapher un accord.

La disposition sera étendue aux entreprises de onze à vingt salariés. Lesquelles pourront, par ailleurs, toujours en cas d’absence de délégué syndical, discuter directement avec un élu du personnel sans avoir recours au mandatement.

Les sociétés de 20 à 50 salariés pourront, quant à elles, négocier aussi avec le délégué du personnel non mandaté.

Fusion des instances représentatives du personnel

La fusion des instances représentatives du personnel (IRP) se fera par le biais d’un accord d’entreprise. De quatre, les IRP passeront donc à deux (d’un côté les délégués syndicaux, de l’autre les délégués du personnel, le comité d’entreprise et le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail). Cette nouvelle entité, appelée conseil d’entreprise, pourra négocier des accords en cas d’absence de délégués syndicaux et aura un droit de veto sur les sujets touchants à la formation professionnelle et à l’égalité hommes-femmes.

Le licenciement économique

Aujourd’hui, pour apprécier les difficultés financières d’une entreprise qui veut lancer un plan social, il faut prendre en compte sa situation dans tous les pays où elle opère si c’est une multinationale. Désormais seule sa santé dans l’Hexagone fera foi.

Refus de reconnaissance d’un accord collectif

Un licenciement lors d’un refus d’accord collectif par le salarié ne se fera plus sous un régime apparenté à celui du licenciement économique. L’employé n’aura donc pas droit au CSP, ce dispositif spécial réservé aux victimes de plans sociaux. Ce dernier leur assure un suivi plus poussé par Pôle Emploi et une indemnité chômage plus importante la première année. Leur compte personnel de formation (qui centralise les droits d’un salarié pour tout ce qui touche à la formation continue), sera, en revanche, automatiquement crédité de cent heures supplémentaires.

De nouvelles garanties pour les syndicats

Le gouvernement a mis en place quelques mesures destinées à renforcer le syndicalisme. Parmi elles, la possibilité pour un salarié syndiqué ou qui souhaite l’être d’obtenir des formations renforcées sur le sujet. Ou encore la création, par le gouvernement, d’un observatoire de la négociation collective.

Ordre public conventionnel 

Sujet de dissension majeur lors de la loi travail portée par Myriam El Khomri en 2016, la hiérarchie des normes (sujets sur lesquels l’entreprise prime sur la branche et inversement) aura finalement été l’un des points les plus consensuels de la concertation. Bien qu’il ait donné plus de marges de manœuvres à l’entreprise, le gouvernement a conservé des sujets qui seront les prérogatives exclusives des branches, et d’autres dans lesquelles elles pourront verrouiller le sujet ou pas, comme annoncé dès le mois de juillet. Les branches récupèrent en revanche la possibilité de négocier certaines modalités des contrats courts (les motifs demeurant dans la loi) et celle d’étendre la possibilité de recours au contrat de chantier.